Pertinence des coopératives pour le développement économique et social au Québec et à l'international
Enjeux locaux, enjeux globaux
Les crises climatique, énergétique et alimentaire….sont bel et bien l’expression des enjeux actuels de développement durable avec de nouvelles mobilisations au Nord comme au Sud. Une des grandes ruptures actuelles depuis l’après-guerre et la chute du mur de Berlin, c’est la fin de l’abondance des matières premières : pétrole, produits agricoles et eau. L’agriculture est, comme l’énergie, le révélateur par excellence de cette dynamique du local et du global. À Genève où se déroulaient les négociations de l’OMC à l’été 2008, l’UPA a vite vu venir la remise en cause de la gestion de l’offre au Québec et au Canada, soit la clé de voûte d’un système bâti pendant 50 ans entre les agriculteurs et les gouvernements pour leur assurer un revenu équitable et des prix raisonnables pour les consommateurs. Cela signifie que les enjeux locaux sont devenus plus globaux et les enjeux globaux sont devenus plus locaux. Tous les mouvements ici au Québec ou ailleurs dans le monde que ce soit le mouvement coopératif, le mouvement des travailleurs (les syndicats), le mouvement des agriculteurs, le mouvement communautaire, le mouvement de la consommation responsable… doivent s’assurer de renouveler leurs stratégies à la fois au plan local et au plan international : pour leurs propres intérêts et pour le développement d’une solidarité internationale qui s’impose de plus en plus. À l’intérieur de cet ensemble, la contribution particulière du mouvement coopératif est largement méconnue et constitue souvent un point aveugle pour les décideurs et les autres mouvements car l’apport des coopératives est souvent dilué dans un tout indifférencié. La veille dichotomie «public et privé» ou «marchand et non-marchand» nous empêche de poser un regard éclairé sur la diversité des modèles existants. Les coopératives sont pourtant un puissant levier collectif de développement qui ne relève ni de la logique strictement marchande ni de la logique du seul service public.
Les coopératives : un mouvement organisé, un projet de société, une alternative au capitalisme
Les coopératives se distinguent par plusieurs aspects. Elles développent des structures de production solidaires : leur propriété est collective plutôt qu’à capitaux privés et elles sont fondées sur l’association plutôt que sur l’actionnariat. Mais surtout, elles constituent ensemble un mouvement. Elles s’inscrivent dans les rapports de force de la société avec leur identité propre. Elles transforment de l’intérieur du système économique dominant du fait qu’elles cohabitent avec les entreprises du secteur privé qu’elles concurrencent. Elles forgent des alliances durables ou temporaires avec d’autres acteurs sociaux et elles sont porteuses d’un projet de société démocratique, solidaire et de développement durable.
Le mouvement coopératif québécois s’est donné un nouveau manifeste et de nouvelles structures au début des années 90. Elles ont confédéré ses différents secteurs et par la suite décidé de favoriser le développement coopératif sur la base des territoires. Il n’est d’ailleurs pas le seul puisque le mouvement coopératif à l’échelle internationale s’est aussi interrogé à la même période sur son identité et sur sa manière de s’organiser (Congrès de 1992 et 1995 de l’Alliance coopérative internationale).
Mais depuis 20 ans, le contexte s’est transformé: grandes transitions économiques, politiques, sociales et environnementales planétaires; explosion des pratiques coopératives un peu partout dans le monde; transformation des grandes organisations sociales nées ou reconstituées dans l’après-guerre (mouvement syndical, mouvement des agriculteurs, mouvement coopératif); émergence de nouveaux réseaux ou de nouvelles organisations (mouvement de la consommation responsable, commerce équitable, réseaux de développement local…). Sans compter la montée d’une internationalisation de l’action collective à travers l’expérience des Forums sociaux mondiaux…
Il est donc impératif pour le mouvement coopératif de renouveler ses orientations et ses stratégies de développement dans ce nouveau contexte national et international.
Les coopératives et le projet de société dont elles sont porteuses
La fécondité des entreprises coopératives, au-delà d’une réussite économique contrastée, tient à leur force de proposition et d’interpellation. Dans un contexte où beaucoup partagent une interrogation souvent résignée sur les finalités humaines de l’économie, elles sont autant de laboratoires où se recomposent les rapports individu-entreprise, travail-capital, intérêt privé-intérêt général…Le caractère citoyen des coopératives naît des exigences qu’elles se donnent; au-delà de leurs réalisations, leurs membres persistent…. à inscrire leurs convictions dans des structures économiques…
Extraits du film documentaire intitulé : Héritiers d’une utopie, les coopératives aujourd’hui de Vincent Berthet et de J.-F Santoni.
Ce que dit le film de Berthet, en fait, c’est que depuis 150 ans dans les sociétés du Nord, un pan entier de l’économie tend à transformer à des degrés divers un modèle fondé uniquement sur les lois du marché et de la régulation publique. C’est dire que l’économie de marché ne se limite pas aux entreprises capitalistes et que le développement de services collectifs dans les communautés et les régions ne se limitent pas au service public. Aujourd’hui la mondialisation néolibérale et la montée des inégalités qu’elle a provoqué a relancé le débat à l’échelle de la planète. La question porte alors sur la nécessité de constater la place des entreprises à propriété collective et le potentiel de transformations qu’elles renferment dans l’économie. En ce sens, le mouvement qui représente ces coopératives peut jouer un rôle majeur que ce soit à l’échelle nationale ou internationale. Avec leurs 150 ans d’histoire, les entreprises coopératives ont largement démontré, qu’elles ont été et sont encore aujourd’hui une des réponses les plus appropriées pour que les classes moyennes et populaires développent solidairement leurs capacités et leur pouvoir d’agir en réponse à leurs besoins. Le mouvement qu’elles construisent vise un monde plus égalitaire et autonome pour des sociétés démocratiques et équitables.
Pour le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM)
Pour l'Alliance de recherche Université - Communauté - Développement territorial et coopération (ARUC-DTC)